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LETTRES ESTIVALES

par Aurélie Alessandroni

 

06/07

Cher amour,

Voilà trois jours que je suis partie du plat pays pour arriver en terre Avignonnaise. J’ai quitté la Belgique, Bruxelles ma belle, j’y ai laissé un cher et tendre, des colocataires mi-roux, mi- grec, mi-kabyle, mi-flamand. Autant dire une peine, un déchirement.
Et pourtant… Pourtant, après avoir foncé à du 300km, j’ai atterri sur une terre chaude, chaleureuse et dynamique. On s’active, le bleu au cœur comme au ciel : les affiches du Théâtre des Doms veillent, et montrent la direction aux festivaliers afin que tous les chemins curieux et savoureux mènent ici.

Aujourd’hui,  après une belle journée, toi, mon amour me dit au téléphone qu’il pleut, que la pluie semble résonner jusque sur tes os tant ça cogne, et tant ça recommence. Et moi ? Je sens bien que j’ai chaud, et puis pas tant… quand j’y réfléchis, le chaud vient du dedans. Aujourd’hui, j’ai vu les générales des spectacles. Je remarque qu’ils font un effet de tornade intérieure. Je gronde comme la pluie du dedans : ce qui tape ce sont les applaudissements, les tambours de "Going Home", ses rythmes et sa puissance. Ce qui mouille, ce sont mes larmes de rire devant le duo d’"Happy Hour", ou encore l’éclat de mes rires, l’agitation de mes neurones, qui tambourinent face au jeu incontrôlable du couple d’ "Ils tentèrent de fuir". Ce qui fait grelotter c’est le froid dans le dos, du cynisme d’Adeline Rosenstein, ses vagues de pertinence, cette lente marée de conscience qui monte lors de « Décris/Ravage ». Mon amour tu me dis qu’il y pleut, et je te dis qu’ici je ne ressens plus l’extérieur tant le dedans est fort…

Lili

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7/07

Mémé,

Tu es la mama italienne idéale : fière comme un pinson, méchante comme un jars, et pourtant, si drôlement là, vivante, vibrante.

Tu n’as pas de langue, tu ne parles ni français ni italien, mais un sombre mélange des deux, basé sur un sujet de phrases toujours à la troisième personne "mémé, elle…". Les blagues ou devinettes racontées par toi, restent des mystères : tu commences dans une langue, et termines dans une autre en saupoudrant le tout de mots sortis de ta mémoire balbutiante et innovante ! Un mot pour un autre, tu sautes les sens.

Tu as toujours vécu en ne voyant jamais le bout, si bien que tu me faisais croire en l’infini. Tu as même acheté une nouvelle bibliothèque il y a deux ans ! Tes 6 enfants te regardaient avec des yeux ronds  « t’en as déjà une, pourquoi changer ? Et puis à ton âge, on ne change plus ! ».

Tu crois en Dieu.

Moi pas, ces temps sont durs. Une petite chute a fait dégringoler les années futures à nous dicter tes lois dans la tribu. Tu es tombée, tu as un beau bleu, un œil noir, et papa me dit que tu pleures. Toi qui a traversé une éducation de marmots, une vie parisienne d’ouvriers pas facile… j’apprends qu’on t’attache à ta chaise pour ne plus que tu tombes, là-bas, dans cette maison pour personnes âgées, cette maison d’où tu ne sortiras plus. Tu dis que tu veux marcher, et moi je te vois encore dans ma caboche : je vois les images de toi, marchant entre les plantes de ton balcon. Tu en avais tant !

A présent, j’ai l’imaginaire pour penser que tu es là, en Avignon, aux Doms, et que nous allons voir ce spectacle pour enfants – tu m’aurais sans doute dit "mémé elle est pas abrutie, pourquoi aller là ?" - "Mange tes ronces!", c’est le titre. J’aurais dû te l’expliquer, mais une fois assise, tu n’aurais plus rien eu à te faire expliquer : tu aurais vu, simplement des ombres s’agiter et raconter une belle histoire entre une méchante grand mère et son petit fils. Tu te serais vue, mémé, en cette méchante-pas facile mémé, qui aime couper les ronces comme tu adorais me montrer tes plantes, la ribambelle de plantes qui mangeaient ton balcon et grignotaient sauvagement ton appartement.
Mémé, si tu avais été là, à la fin de ce spectacle, lorsque les lumières se seraient rallumées, pendant les cris de joie, enthousiastes, les applaudissements infinis, tu m’aurais regardée et aurais compris que je suis comme le petit, et que c’est toi ma mémé-ronces, celle qu’on croit rabougrie et qui m’a toujours attendrie.

Mémé, je suis loin de toi, et pourtant en une petite heure, j’ai rit, émue, de rêver en papiers découpés, j’ai sauté les kilomètres pour te retrouver, et c’est avec toi que je chante en coupant les ronces des difficultés. Entre les ronces et les plantes, il n’y a qu’un pas, c’est toi.

Lili

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08/10

Chère petite Lili, 

Parfois on me demande « t’étais comment enfant ? ».

Toi ? Autoritaire, insolente, exigeante, sensible, brutale, instinctive, excessive, hurlante et agitée. Tu es souvent seule, élevée comme une enfant unique, alors rêveuse aussi, beaucoup.

Tu soignes les animaux trouvés, un moineau dans une boite à chaussures, et tu danses sur l’herbe fraîche, manges des prunes et écris des poèmes. Tu sautes les rosiers, et cours autour de la maison. Tu prends les passages secrets en vélo, te caches quand les grands mettent le nez dehors, et sors pour vendre tes sculptures de boue…

Et le soir, le soir pas de monstre sous lit, pas de cauchemar en placard. Le soir, tu scrutes tout simplement : ta montagne magique de nounours en tout genre,  tes peluches qui ont l’honneur d’être sur ton lit. Une petite trentaine. Classées par affinités : les plus aimées sont à ta tête, l’élite a la chance de passer une nuit étouffée sous tes petits bras chauds. Mais avant de fermer l’œil, toujours, tu les regardes attentivement, prêtant attention aux moindres détails et au réveil, tu compares les positions de chacun à la recherche de la preuve infaillible : tes peluches s’animent la nuit. Elles sont vivantes. D’ailleurs tu leurs parles, tu sais qu’elles t’entendent et te comprennent mais qu’elles doivent faire semblant pour leur propre survie. Une compréhension tacite entre elles et toi. C’est bien comme ça, mais tu veux des preuves, parce que les grands, comme toujours, remettent en doute ton affirmation… Te parlent de haut. Quand finiront-ils par comprendre ?

Petite Lili, aujourd’hui, j’ai trouvé ! J’ai vu un grand qui pense comme toi ! En vélo, j’ai roulé sous l’atmosphère chaude de la fin d’après-midi pour rejoindre l’île Piot. Je suis allée voir "Hom(m)". Une histoire de passion, d’amitié forte entre un bonhomme et ses balles blanches. Crois-moi petite, ce que j’y ai vu, ce n’est pas une folie, les balles vivent toutes seules ! Elles s’animent, courent, s’échappent, reviennent, sont capricieuses comme toi ! Et le petit bonhomme gambade, grimpe, porte, jongle, vit avec elles ! Et c’est beau ! A présent il faut que les nouveaux petits y emmènent leurs parents, les grands, pour qu’ils puissent voir ça de leurs yeux et enfin croire !       
Parce que petite Lili, tu as toujours cru que les choses étaient vivantes, et moi je te le dis, tu n’avais pas tort, à présent plus aucun doute, j’en ai la preuve.

Lili

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09/10

Cher,

Un regard, un geste, deux mots échangés et tout peu vite désorienter.
Parfois le corps répond, remarque, transgresse, affronte avec courage, se heurte avec ombrage, il fume, il boit, il bat, parfois s’envole.
La vie de chacun est faite de détails comme ceux-ci. De ces détails qui font la vie.

Aujourd’hui, je suis allée voir "So20", aux Hivernales, un spectacle de danse qui traverse l’esprit d’un homme – Claudio Bernardo, ancien danseur de Maurice Béjart - pour aller dans les mémoires d’un créateur, au souvenir familial, dans un corps qui déroule la bobine d’un passé, dans des moments faits d’avant à plier et ranger soigneusement.
Cher, tu sais comme les passés de chacun sont des petits abris de jardin plus ou moins salis et avachis par les vents et les pluies. Je pense à ma mère, qui me fait boiter pour l’adulte que je deviens, et qui pourtant m’enrichit aussi. Je songe aux ailes que l’on doit se coller pour voler tout seul. Je vois Claudio Bernardo qui s’embrase en une musique, entre les papiers brulés et les ongles qui grincent, instants-clefs de sa vie de danseur.

Avec Olindo, acteur de "Décris-ravage", nous avons discuté le soir. Discussion riche et passionnante autour de leur spectacle qui questionne la place de l’image et de l’information. De là, je lui parle de mon petit cœur mou et de la révolte qui gronde et que j’aimerais voir exploser… Il me répond trouver sa révolte dans le détail, l’art de l’instant. Chaque jour, dans notre rapport aux autres, l’humanisme au quotidien, le comportement conscient. Cher, j’ai négligé nos détails et je te demande pardon ; l’art comme la vie, je le vois bien, se construisent de grains de sable pertinents.

Lili

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10/07

Mon ange

Si j’avais un enfant, je l’appellerais « mon ange », « mon cœur », « ma Cara Pils* » à longueur de temps, je lui aurais trouvé un prénom que l’on peut surnommer et dégenrer, le tout en une syllabe, un bon « Jo(e) » par exemple.
Si j’avais un petit bonhomme, je l’habillerais en fringues de seconde main pour nourrisson, et je garderais ses vêtements même s’il grandit, fière de lui conférer un style hipster bobo assumé depuis tout petit. Et avec l’argent économisé, je m’offrirais à moi et ma meilleure amie, un pass cinéma annuel.     
Si j’avais un mioche, il viendrait de la solitude et de l’abandon, et non de mon ventre, parce que la déformation sous cutanée m’effraie, et que les reproducteurs occidentaux sont des égoïstes.
Si j’avais un bambin, il aurait des jouets exclusivement en bois, bio-dégradables et recyclables.
Si j’avais un petit, il aurait une fermette avec trois poulettes au fond du jardin : Josette, Brigitte et Maryline, qu’il visiterait chaque jour pour en ramener les œufs frais du matin. Bob la lapine quant à elle, chillerait tranquille dans le jardin.    
Si j’avais un rejeton, je lui ferais écouter des albums de comptines en anglais, italien, espagnol, allemand et néerlandais, qu’il devienne hyperpolygote très vite, il me remerciera plus tard.     
Si j’avais un gamin, fille ou garçon, je passerais mon temps à l’emmener et le ramener de l’école, m’attardant à bien lui faire un gros bisou sur la bouche, sans pudeur, parce que c’est ma fi-fille/mon fi-fils. Je lui foutrais la honte, comme ma mère a pu le faire jadis.
Si j’avais une canaille, une fois au lycée, rien n’aurait changé, et j’irai encore l’emmener et le chercher juste devant la grille, toujours en double file,en klaxonnant régulièrement, maquillée comme une voiture volée pour que ses copains ou les copains de ses copines me trouvent bien MILF.    
Si j’avais un chérubin, je le déguiserais à chaque photo de classe en Charlie : marinière et bonnet rouge et blanc, pantalon bleu, canne et jumelles, juste comme ça, pour se marrer avec son père : où est charlie ?, une fois par ans.
Si j’avais un bout’chou, je lui ferais un double des clefs de la maison qu’il trimbalerait jusqu’à ses 16 ans autour du cou, accrochées à un lacet fluo.
Si j’avais un morveux, je lui ferais le coup de la ficelle et de la poignée pour déchausser ses dents sans que ça traine.
Si j’avais un crapeau, je lui apprendrais un mot pour un autre, curieuse d’observer l’étude sociologique de sa mise en société.
Si j’avais une crevette, je m’assurerais que son anniversaire tombe en même temps que Noël ou la St Nicolas, pour qu’on fasse d’une pierre deux coups.

Heureusement je ne ressens rien, la fibre maternelle ne m’anime pas, elle n’a jamais effleuré l’ombre de mon orteil. Mes copines s’émerveillent devant l’enfance malhabile des petits êtres qui gravitent, lorsque chez moi, ça ne remue pas. Rien ne s’émeut : ils ont beau tomber, hurler, elles s’attendrissent et moi, je les regarde, divertie par les croutes qu’ils auront bientôt aux paumes et au menton…le pire.
La lignée Lili s’achèvera avec moi pour mon plus grand bonheur…   

Aujourd’hui, je suis allée voir « Jazz for kids » à l’AJMi, juste en face des Doms. Un trio de jazzmen m’a proposé des comptines à la manière jazz. J’écoutais d’une oreille, scrutant les marmots alentour, y en avait un paquet. Puis un drôle de sentiment m’est apparu : une douceur venait du ventre, le petit black, à gauche devant, il ne bougeait pas depuis le début. J’ai d’abord eu peur pour lui, j’ai cru qu’il avait un souci, mais j’ai vite compris qu'un enfant n'est jamais investi qu'à moitié. Il était littéralement conquis par le concert qui se jouait devant lui. Moi qui pensais que la télé était gourou absolu de la domination enfantine…
Puis un sourire m’a échappée en regardant trois gosses hurler « là la souris verte ! » à Manuel, l’un des musiciens qui venait de demander de bien regarder si SO-SO la souris s’était pas échappée.
L’attendrissement a fissuré ma poitrine lorsque la petite sur ma droite n’y voyant rien, s’est mise à trépigner d’intérêt. Je l’ai mise sur mes genoux, juste comme ça, qu’elle cesse un peu de chouiner. Comme ses parents n'étaient pas là, surement en face, à s'empiffrer au restau des Doms, elle s’est mise à me parler, faisant de moi son interlocutrice privilégiée. Régulièrement, elle se dandinait sur mes genoux battant la mesure avec sa petite tête à couettes. Ca ne me dérangeait pas, elle était petite, je voyais toujours, et elle pesait une plume. Elle se retournait et me regardait de ses deux billes curieuses : «  je peux chanter ? ».
- « bah oui tu peux chanter,  bien sûr que tu peux chanter! »
Alors j’ai un peu « meumeuter » comme dit mon père, j’ai un peu meumeuter avec elle, histoire de pas la laisser dans le vide. Un beau duo de vachettes qu’on faisait, mais ça je m’en foutais.     
Quand les trois supers musicos de la scène ont joué « A vous dirais-je maman? », elle s’est appuyée sur moi et mettant sa main autour de mon oreille, elle m’a chuchoté très fort « je m’appelle Manon, et toi ? ». J’ai pas répondu, je pensais « c’est mignon Manon, ça lui ressemble bien ».  
Elle avait les mains agrippées à mon avant-bras, des petites menottes boudinées, chaudes et moites. Je sentais ses ongles qui remuaient comme des fourmis. En temps normal, je supporte pas ça, mais là, c'était différent. Je regardais la fillette, elle était rousse, de jolies tâches de rousseur et des yeux verts. Le teint pâle et le sourire troué, une dent manquait, juste là en plein milieu. J'aurais voulu la voir au réveil le lendemain matin, conquise, son trésor de petite souris en mains. J'aurais voulu être là.
Sur scène, ça rythmait, la salle entière qui se tortillait. On avait tous des babines inoffensives retroussées, des sourires de bienheureux quoi. Les notes de musique semblaient danser avec les petits anges attroupés. Même les adultes devenaient des gosses. Au paradis c'était l'AJMI...
Mon ange, le jazz, il faut le voir pour l'aimer, quand tu viendras, promis, on ira.

Lili

*La Cara Pils, ou familièrement « Cara », est l'une des bières les moins chères de Belgique.

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11/07

Chère Mme Pelé,

Au lycée, vous étiez ma prof de français. Vous riiez de tout, ne mettiez d’impossible sur rien, ne demandiez qu’à croire, soutenir, et blaguer. Un enthousiasme franc placardait ainsi nos cours de français. Votre première phrase de présentation était d’ailleurs « je suis Mme Pelé, P.E.L.E accent aigue, et c’est tout, chuis pas chauve ».

Nous avions travaillé « L’avare », de ce fameux Momo et je me rappelle avoir joué, comme ça, pour le plaisir, le monologue d’Harpagon entre le tableau et la ribambelle de chaises et de tables, de la petite salle comble E201. J’ai eu un +1 à ma moyenne comme ça, plaisir partagé. 

Vous nous proposiez des voyages en Grèce, des conversations enflammées et citoyennes, toujours bienveillantes et curieuses. Vous nous offriez l’expression, la communication, l’échange, et bien sûr toujours : la joie. Les rédactions demandées étaient improbables mais sources d’inspiration. La routine était votre ennemi, si bien que vos élèves s’animaient constamment. Des élèves réveillés, curieux, motivés, impliqués et attentifs. Je me rappelle que vous aviez lu à voix haute la rédaction d’Abdel devant toute la classe, sans noter qu’Abdel était aussi le cancre, celui qui avait toujours été le cancre et en toute logique, devait le rester : après tout, quand les choses sont ainsi gravées, c’est tellement plus simple… C’était votre habitude : lire les trois meilleurs travaux de la classe, ne pas se fier aux apparences. J’eu le droit un jour aussi d’être lue en classe. Quel plaisir de partager ainsi mes mots, de les entendre dits d’une bonne femme énergique comme vous.

Mme Pelé, voyez-vous, à Avignon, aux Doms, j’ai rencontré Silvia Berutti-Ronelt. C’est une comme vous. Elle présente les « Lundis en coulisse », une proposition importée de Belgique lors de laquelle, dans un désir de partage collectif, nous découvrons des écritures théâtrales d’aujourd’hui. Un genre d’exercice, une expérience, un échange. Dans le jardin des Doms, Silvia avait préparé 4 textes contemporains théâtraux, et ceux qui le voulaient, pouvaient les lire, et nous les faire entendre, dans une simple richesse commune. Goûter les mots des autres, les univers, les rythmes et les voix.

Un texte m’a particulièrement plu : celui de Merlin Vervaet, il a fait l’INSAS écriture à Bruxelles. C’était la première fois que son texte était lu. Il est jeune Merlin, il a quoi, 27 ans ? Il était à côté de moi. Il était un peu stressé, normal. Mais il semblait heureux aussi, fier sans doute. Son texte était beau, touchant, on flairait son énergie, son humour aussi, et finalement, sa personnalité se dessinait entre les lignes. Une belle personne à découvrir, un beau travail à partager, c’est ceci que Silvia a fait, et finalement Mme Pelé, dans ce lundi en coulisse-ci, j’avais une belle impression de cours de français du lycée retrouvé, cette classe E201 dans laquelle vous aviez su construire une tribune commune, un échange riche et sans prétention. De la classe du lycée Geoffroy St Hilaire au jardin des Doms, entre mes 17 et mes 30 ans, je suis heureuse de continuer de côtoyer des Silvia et prof de français qui s’occupent à croire en chacun, et à partager.

Mme Pelé, vous êtes à la retraite désormais, si ça vous dit, et que vous avez le temps, passez donc au jardin des Doms, lundi 18, on remet ça, vous verrez, on sera comme en E201.

Bien à vous

L’élève Lili

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12/07

Doc,

Je viens à vous parce que cet hiver, vous avez suivi mon état de cruelle malade, touchée par le déchainement des bactéries: la toux tonitruante, le nez sous les eaux, les yeux rougis, le front brulant…les maladies s’enchainaient affreusement. Le théâtre, la comédie me tiraient du lit et joyeusement je sautais sur les planches pour oublier la température.
Cet hiver, vous et moi, cela devenait quotidien finalement, comme une fille qui vient rendre visite au père. Vous m’avez bien guérie et depuis la santé est en plein cagnard de ma vitalité.
Pour l’été, Doc, j’ai disparu, me suis volatilisée pour la France chaude, celle du Sud. Et au cas où vous vous inquièteriez, je vous rédige ces quelques mots.

Et bien dites, cher Doc, je suis en pleine forme. Car enfin quoi, c’est un peu comme chez les belges ici : le théâtre des Doms est retiré, reculé, protégé.
On s’y ressource et les brumisateurs veillent. La cuisine nous est servie de mains de maitresses : à midi, Cathy, une réunionnaise fait mijoter du sain, léger et équilibré, et le soir, c’est Catherine qui régale, au restau' des Doms, où la journée s’achève sur des assiettes complètes. L’alliance des deux Cath me promet donc un beau mois de juillet bien alimenté, et rafraichissant.

Doc, j’ajoute que non, je ne me surmène pas, pas de tracas il y a des relâches. Et savez-vous quoi Doc, ici, la relâche est festive, encore un bon exemple pris aux belges : aux Doms, c’est une tradition, on se retrouve tous pour fêter nos équipes. Et donc, je vais pas vous mentir, ce soir, on fait la fête !   
Piscine, boisson, projection bollywood, musique, et surtout : communauté belgo-française retrouvée autour de la joie ! Je ne boirai surement pas, mais je fêterai, ah ça c’est sûr, je fêterai les réussites des spectacles, les dynamismes heureux des troupes, les sourires sans fin des diffuseurs, les mouvements généreux des comédiens, enfin quoi, les retrouvailles !

Doc, ces quelques mots griffonnés au bas d’une feuille, pour vous dire de pas vous inquiéter, ici aux Doms, nul besoin d’ordonnance, vous devez le savoir : le bonheur belge se suffit à lui-même et il me fait du bien.

Patiente Lili

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13/07

Chers Festivaliers,

Hier soir la fête fut bonne, elle s’est étirée la nuit durant, et aujourd’hui, le Théâtre est bouclé. Les équipes dorment, se détendent, profitent de leurs temps libres paisiblement. Les belges des Doms se terrent, tous, sauf deux billetteuses résistantes, là pour assurer vos déplacements, organisations, plannings et curiosités.
Festivaliers enchanteurs, la fête d’hier fut bonne, animée, rebondissante et je craignais aujourd’hui de stagner telle l’oubliée des Doms, la naufragée et sa cahutte… Et bien non chers festivaliers, ce ne fut pas le cas !
Grâce à vous, tels des Yodas des Doms,
M’animer su vous avez,
Le téléphone jamais n’a cessé,
Les réservations perpétuellement comblées se sont,
L’ordinateur rigoureusement chauffé il a.

Festivaliers de mon cœur, notre amour n’a pas de fin, et je le remarque lorsqu’en relâche, vous nous restez fidèles et que les spectacles croulent sous vos réservations motivées et cadencées.    

Lili-billetteuse

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14/07

Mr Bescherelle

Je relâche
Tu relâches
Il ou elle relâche
Nous relâchons
Vous relâchez
Ils ou elles relâchent

Li

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15/07

Niçoises, Niçois,
Pensée-Révolte

Avignon draine un grand nombre, le monde anonyme fauché, hier soir c’était vous, demain ça peut être moi. Nous ne sommes pas loin, la guerre vous a touché, je suis dans les tranchées de la paix, moi aussi, avec vous.
Chers Niçois, aujourd’hui, le cœur d’Avignon n’avait pas la même consistance. Je l’ai senti gros, lourd et chargé. Enragé, dans une colère folle. Le mistral envoyait valser les pleurs qui coulaient sur nos joues. Il nous donnait des claques, tirait nos cheveux, décoiffait nos tentatives d’étiquetages et de montée de racisme, d’extrémisme. Il déchainait sa haine de la mort, son incompréhension faisait claquer les affiches et l’écho des rebonds était son incrédulité qui ne cessait de résonner. Sans juger, le mistral fouettait les corps de chacun. Et chacun devenait fou. Il nous a mis à mal, a voulu faire entendre son éclat, sa peur de nous voir chavirer. Nous voir cloitrés, nous entendre murmurer le mal contre…
J’étais touchée. Les larmes m’ont effleurée ; la violence était palpable, la tension tranchante comme des larmes du rasoir de l’Humanité. Le corps tendu, tremblant, parfois mon cœur s’est rétracté, il a failli disparaitre sous l’absence de beauté.
Et puis le soir, la pièce « Décris-Ravage », la pièce d’Adeline Rosenstein qui met les pieds dans tous les plats à la fois, qui nous offre une saisissante histoire de la Palestine, le spectacle était rempli. Je ne mens pas amis Niçois, rempli. Rempli d’intéressés, de curieux, de ceux qui ont la foi. Et le soir, après un craquèlement qui avait duré toute une journée, les corps et les esprits se sont enfin rassemblés. Et une festivalière m’a même soufflée «  L’art et l’empathie, derniers remparts contre la barbarie ».
Niçois, niçoises, ici aux Doms, les remparts mouvants, intelligents, on s’en charge, et on vous fait une place, on vous attend.      

L.

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16/07

Chère Maman,

Tu l’ignores mais j’ai toujours voulu jouer les mères au théâtre. Médée me fascine et un jour, j’espère avoir la chance de l’incarner, et je la ferai résonner du mieux que je pourrai, calme et vibrante. Ma fascination des mères, parce que tu me hantes et que je t’aime. Aussi, elles sont puissantes, fortes et sensibles, écartelées, un peu folles torturées, aimantes à tout sacrifier… Toi, toi, toi quoi.

Tu t’es engourdie dans des tourbillons mélancoliques et désormais, t’y voilà attachée. Tu y es, tu y restes (malheureusement). Le type de personnage que tu es en train de devenir est difficilement représentable au théâtre. Tu deviens l’ombre de toi-même, t’effaces… Comment représenter ce fantôme? Les tourments dans lesquels tu t’enfonces ? Les infinis questionnements que tu traines à tes pieds ?

Je suis allée cet après midi voir « Nasha Moskva », « les Trois Sœurs » de Tchekhov très librement adapté. Les trois personnages s’animent dans un univers troublant de réminiscences, de passé soucieux, de désirs avortés… Et finalement ces êtres fragiles, presque gonflés de vide, se sont mis à exister pour m’aider à toucher un peu de ce qui te traverse. Parce que ce « Nasha Moskva », « Notre Moscou », est comme un cri lancé qui aurait pu être le tien « Notre Famille ». Les acteurs sont puissants de sincérité, ils réussissent le sobre jeu de la folie parsemée, des désirs absentés. Je ne sais pas ce que tu te serais dit en voyant ce spectacle. Peut-être tes larmes auraient-elles coulées comme cela t’arrive lorsqu’au-dedans ça s’agite, et que dehors tout frissonne en silence. Peut-être aurais-tu rougi, m’aurais regardée et aurait souri, gênée de cette complicité retrouvée. Peut-être avec pudeur, aurais-tu simplement posé ta main sur la mienne...

Ne pleurons pas, rions, de ce rire si singulier, de ce passé décomposé qui nous a fait grandir et vivre dans des temps décalés.  Partageons et crions « Nasha Moskva » pour la faire exister.           

Je t’embrasse, et tu le sais, t’aime.

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17/07

Chère Samantha, chère Tabata, et cher Jean-Pierre,

Les Doms, j’ai remarqué, ressemble à un très bon épisode de « Ma Sorcière bien aimée ».

Je m’explique.

Les matins, avant le brouhaha des festivaliers, une atmosphère magique plane sur les tables à peine séchées, au petit déjeuner planté là. Lauranne, échappée de son suprême sommeil, s’active aux derniers préparatifs, raclant le sol de son balai magique, sourire en face.
Alain, directeur heureux, s’échappe vers de nouvelles activités alors que l’équipe promo fait son apparition, non sans nous accueillir d’une belle embrassade enchanteresse qui donne la motivation pour la journée future.

Hervé, arrive tout pimpant, depuis son vélo qui, j’en suis certaine, ne peut être qu'enchanté tant il semble voler à travers les airs avignonnais, entre les festivaliers et les affiches, à toute vitesse, surfant sur le mistral.

Et puis il y a Béné, Aurore et Karine, les trois sorcières bien aimées, qui sont aussi finalement de drôles de dames. Toujours souriantes, d’un coup de baguette magique, de nez mouvants, elles savent répondre à nos questions hâtives, nos doutes récurrents ou nos demandes express.

Enfin l’équipe promo, celle qui tracte en rue, fait des tours de magie : échange un programme contre une critique sincère de ses spectacles des Doms, celle qui sourit, qui cuit, qui balade en terre avignonnaise l’image rassurante d’une bonne programmation. Lucie la folie, Lisa la tendre, Agathe la douce, Justine la dansante, et Tiphaine la joyeuse.

Belle équipe, ensorcelant les Doms d’une aura bien à soi, chers Samantha, Tabata et Jean-Pierre, ici, c’est la famille nombreuse des sorcières bien aimées.

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18/07

Mon père, 

Ces trois petits jours, tu as décidé de faire un saut à Avignon, pour profiter du bon temps, avec ton amoureuse, aussi pour me voir et enfin pour savourer du théâtre, en faisant confiance à mes propositions, mes conseils, et surtout, depuis que tu m'as vue migrer en Belgique, apprécier le théâtre belge comme il se doit. 

Ce matin, après avoir été préventivement noté en réservation pour "Going Home", tu es allé voir le spectacle.

A 10h45, te voila en terre fraîchement climatisée, mais très vite réchauffée par l'esthétique rougeoyante, la générosité des acteurs, et le voyage éthiopien que tu as traversé pendant une heure. "SUPERBE" m'écris-tu en un bref mot whatsapp.  Plus tard tu me diras par téléphone que le comédien principal est formidable, la musique incroyable, que bref le spectacle t’a conquis ! Toi et Martine avez même griffonné des post-it à la faveur du spectacle. Je suis heureuse : quand tu apprécies sincèrement, tu ne le fais pas qu’à moitié et aime le partager.

Au même moment, moi, j'étais en haut, au jardin des Doms, à prendre plaisir lors des rencontres du Lundi en Coulisse. Le principe est de découvrir des textes contemporains et de proposer à qui le veut, de les lire à haute voix. Principe enthousiasmant qui m'a permise de siéger à coté de mon ami Brice, pour incarner : lui la tête coupée, moi le personnage Sonia, du texte ravageur de Catherine Daele. Un texte poétique qui questionne le rôle des générations au regard des redondances des guerres. Texte sensible, imaginaire, qui claque entre les cigales et la chaleur, ce matin. L’autrice  y fait entendre la voix du père, planant tel un aigle au-dessus de son enfant. Un père puissant et influent. Une mère luciole qui sent la mort. Des images fortes pour décrire l’autorité de cette génération qui parfois semble écrasante, lourde, impitoyable.

Mon cher père, toi qui est si puissant, qui a tant d’importance dans mes choix, mes directions, en un même instant, nous étions réunis aux Doms. Tu avais suivi mes choix et était conquis.       

Je te souhaite un bon festival, t’embrasse fort.    

Ta fille

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19/07

Cher Mr Patrick,

Je vais te tutoyer parce qu’on ne se connaît pas, mais je vais te tutoyer parce que tu as fait ma joie.

Celle d’une tata qui a oublié l’anniversaire de sa petite nièce, les 5 ans évaporés que voilà, j’en est honte mais je me ravie en pensant à ma tronche lorsque j’ai goûté un peu de tes « Vies en soi ». « La rivière bien nommée » m’a faite succomber.
Mr Patrick, grâce à toi, je me suis transformée, en une petite fille de 5 ans, tes papiers bullés, que j’ai scrutés, imaginés, fantasmés. Finalement, j’ai tout gobé ! Tout !
Sorte d’hypnose théâtrale, tu m’as emmenée sur ton admirable radeau de la réalité féerique, où je ne saisis finalement plus bien lorsque j’ai décollé.

Tu es porteur d’images, transmetteur de divagations. Tu m’as subjuguée de ta parole narratrice conteuse, que je t’envie. Alors tu m’as dit que tu n’étais pas acteur, non non non, je le sais je le sens, mais quel talent d’orateur ! Je le veux ! Tu m’as dit que tu t’es toujours entraîné en prenant plaisir aux histoires dites aux neveux. Ouf ! Voilà mon issue! Ma petite nièce aura certes vu son année disparue de mes souhaits, mais je la gaverai d’imaginaire, et je lui conterai les folies de ma tête sans dessus dessous, de mes histoires sans queue ni tête. Pour qu’elle aussi se retrouve comme l’enfant absorbée, remarquant à travers ton regard, que j’ai la bouche béante, que peut-être même je bave.

Cher Mr Patrick, formidable rivière que j’ai découverte, qui ne me fera pas remonter dans le temps, mais qui a la beauté de m’offrir l’art d’une parole transmise, merci.

Tata oublieuse

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20/07

Cher Bescherelle – Variation

Que je relâchasse

Que tu relâchasses

Qu'il ou elle relâchât

Que nous relâchassions

Que vous relâchassiez

Qu'ils ou elles relâchassent

 

Lili copiécollé

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21/07

Cher Thibault Courtois,

Hier grâce à une belle journée de solidarité footballienne, j’ai fait votre connaissance. Les filles et moi sommes revenues, le soir,  gonflées de joie par une après-midi sportive, elles, me hurlant vos prénom et nom, comme étant le rêve de tout gardien de but d’être ainsi beuglé par la foule en délire.            


Cher Thibault, c’est que vous devez savoir qu’hier, un grand match s’est déroulé.

LE MATCH INTERDOMS.

Et il était terrible.

D’abord je dois commencer par vous dire que l’équipe cuisine - qui veille à notre bien être gustatif quotidien - est à l’initiative de ce match incroyable. Pleine de fougue et d’envie, elle a lancé le défi, et nous l’avons relevé immédiatement. Cécile, l’une des serveuses avait même fait une affiche du tonnerre, qu’elle avait placardée dans les toilettes pour que nous songions à cette journée fatale lors de nos plus intimes moments.

Ainsi soit-il, nous nous organisons ; il y aura trois équipes : l’équipe Restau VS l’équipe des Doms (promo/bureau/technique) VS l’équipe Théâââtre (constituée par chacun des membres des spectacles).         
Alain, notre grand chef a obtenu une chose prodigieuse : que nous puissions jouer au stade Bagatelle avec vestiaires et tout et tout. Said nous avait acheté un beau ballon. On était paré. Ce que nous ne savions pas, c’est que Catherine, la capitaine de l’équipe Restau, avait acheté des maillots rouges à son équipe et même…des gants de goal. L’équipe Restau en jetait sur le stade, les diables rouges qu'ils étaient ! Mais nous ne nous sommes pas laissés impressionner, la déstabilisation mentale n’a pas joué…     

18H, les équipes se retrouvent, se forment, se chauffent. Eno est habillé en Indiana Jones et est muni de ses flyers avignonnais, avec lesquels il s’occupera de nous punir en cas de fautes graves. Les capitaines organisent leurs équipes. Alain nous prend à part - nous la frêle et belle équipe des Doms. Certes il y a Michel et Max, deux grands zouaves de la technique, le reste pour la plupart, ce sont de chouettes nanas motivées et souriantes, qui viennent jouer là leur premier match. L’équipe Théâââtre, même si rappelons-le, implique entre autre de deux grands joueurs de « Fight Night » (spectacle de la Manufacture) qui de plus, semblent jouer au foot depuis leur plus tendre enfance, nous n’en tenons rigueur, conclusion : l’équipe est impressionnante, clairement écrasante et nous, équipe des Doms, souhaitons je cite « perdre avec style ».     

Nous prenons place, équipe des Doms contre équipe Théâââtre. Nous sommes extrêmement motivés, prêts à tout donner. Nous faisons de belles passes, de belles reprises…Nous nous donnons, cramant sous un soleil de feu, assis au premier rang lui aussi.
Trois buts. Bim.

Cher Thibault, nous avons joué avec grande classe, perdu en héros.    

Les équipes Restau contre Théâââtre offrent elles aussi un très beau match. 1 partout...enfin je sais plus.

Finalement nous y retournons, contre l’équipe Restau ; cette fois, même si nous sommes épuisés, nous nous améliorons nettement, faisant preuve d’une belle cohésion. C’est un match surprenant : après deux buts des Restau, et à 10 min de la fin, une offensive Domsienne crève le terrain, et voilà que nous parvenons à mettre un ultime but, malheureusement non réitéré, le sifflet d’Eno annonçant la fin trop rapidement. 

La suite, je ne l’ai pas vue, partie plongée dans une piscine, mais on m’en a dit de belles : balle aux prisonniers, et vainqueurs émérites. Croisés plus tard dans la ville, ces mêmes vainqueurs arboraient d’adorables médailles cartonnées, ficelées à leur cou d’intrépides.

Cher Thibault, parfois les grandes stars ne sont pas là où on les attend. Hier je t’assure que nous aurions fait battre les cœurs des supporters avec vertu ; dommage, la RTBF – qui veille à monter un documentaire spécial les belges en Avignon - n’était pas là, mais cher Thibault, hier, tu aurais dû nous voir, nous nous sommes donnés, le sport était au sommet de son art.  

Aile gauche.

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22/07

Ode à la pluie

La nuit tu t’es faite désirer

Les tonnerres étincelants au loin

Le silence restant toujours serein

           
La lourdeur suffocante, mon ventilateur s’épuisait dans un souffle constant

Prévisible et bruyant

Puis, les bruits : éclairs assistés par une régie son du tonnerre

J’essayais de dormir, pluie, tu as noyé mes ténèbres

Puis, tu as tambouriné dans l’après midi

Les affiches ont coulé, dégringolant, gisant, juste là, à côté de mes pieds

Trottoirs de spectacles mouillés, en purée de papiers

Immondices à regarder       
Les murs se sont rafraichis

Nos yeux y voient plus clairs désormais    

Depuis la pluie dégénère autour d’elle, drôles de têtes apparues

Touristes incrédules et blasés, valises à roulettes perturbées     
Tracteurs arrosés, assis, roulant des yeux à la recherche du tracté parfait, mais rien n’y fait

La promotion est à la faveur de la pluie, et la grande célébrité d’Avignon devient la rue aux parapluies du dessus         

Pluie pluie, je vais me calfeutrer en de meilleurs abris : la vie.      

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23/07

Mon amour,

Pardon, voilà 17 jours que je ne t’ai donné signe de vie. C’est que tu sais, ici, on travaille dur et bien, joliment et gaiement. Ce n’est pas pour autant que ton image disparaît, se floute ou s’amoindrit. Bien au contraire, elle s’élargit, s’amplifie et vient se nicher en esprit comme une image flottante, tout au long de mes journées aux Doms.

Aujourd’hui, je suis allée voir un autre des récits-performances de Patrick Corillon : « Les vies en soi », sous titre « les images flottantes ».

Ces dernières étant celles qui restent lorsque nous fermons tout juste les yeux. L’image s’applique en négatif sous la paupière. Ainsi mon amour, je dois bien le dire : tu es à toi tout seul mon image flottante récurrente.

Mais pas seulement ; la manipulation de Patrick ajoutait à mes pensées vers toi.
Car vois-tu, Patrick est un artiste plasticien. Il illustre brillamment ses récits avec une quantité incroyable d’objets divers et rêveurs, qu’il manipule tel un magicien. Les objets apparaissent, disparaissent, se complètent, ne sont plus ce qu’on croyait qu’il fussent. Patrick-magique. Un tour de passe-passe maîtrisé, des superpositions tenues, des images flottantes en équilibre sur le fil des pensées et de la réalité.

Toi, mon amour, qui me plait en me tournant-magie, toi qui étais un petit magicien talentueux, acharné et appliqué, voilà qu’avec Patrick, la magie opère et tout s’entremêle dans mon esprit, là où se nichent de magnifiques images flottantes.

Lili-rêveuse


APPEL À PROJET

LE RÉEL ENJEU

[PROGRAMME CROISÉ DE RÉSIDENCES DE RECHERCHES SUR LES ÉCRITURES DU RÉEL]

Nous sommes 4 théâtres implantés en France et en Belgique qui accompagnons des équipes artistiques dans le cadre de résidences de recherches.
A la faveur de convergences artistiques et humaines, et à l’initiative du Théâtre La Cité, nous avons décidé de nous associer pour réunir nos savoir-faire, nos moyens, autour du projet : « Le réel enjeu » dont l’objet est d’accompagner deux projets de création dans le domaine du spectacle vivant sur 2017 et 2018.

Appel_a_projet_le_reel_en_jeu.pdf

>> Téléchargez l'appel à projet


  

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