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EDITO

Jusqu’à l’os

Il y a quelque chose de tellement beau et de violent dans le fait de livrer une ville aux arts de la scène. Dans les rues de ce territoire urbain sacrifié à la culture et l’art, on entend les passantes et les passants s’échanger des répliques, se disputer sur le bien-fondé d’une scénographie, crier au génie comme bougonner d’intolérables déceptions.

Bien sûr, il y a les marchands et les opportunistes, ceux qui tirent profit d’une communauté bigarrée venue éprouver dans la précarité sa bouillonnante pratique artistique. Malheur à eux, parce qu’ils scient la branche d’un arbre millénaire.

Mais ce qui déborde de ce tumultueux chaos organisé, c’est avant tout la vitalité d’un désir ardant pour le faire et pour le voir, pour le rendez-vous donné à cette tendresse de l’esprit que l’on trouve lové dans l’instant du spectacle.

Alors, on les oublie les calculateurs, les désabuseurs, les as de la diversion et autres producteurs de contrats gigognes et l’on écoute le bruit d’une ville abandonnée au vivant, à son spectacle à la fois renouvelé et immuable. Enfin, on entend la rumeur des planches, des scènes, des plateaux envahis de vivifiants gestes artistiques, de mots vitaux, de vifs mouvements et de vie tout simplement, de vie jusqu’à l’os, jusqu’à n’être plus que substantifique.

Le Théâtre des Doms tente chaque année de participer à cet élan, d’offrir à des artistes des conditions exceptionnelles pour développer leur proposition dans le cadre du Festival off d’Avignon. Et s’ils sont sélectionnés parmi une communauté de langue et d’esprit, la Belgique francophone, ils ne sont, ces artistes et ces spectacles, qu’une humble part de la chair éphémère offerte à une ville consacrée, l’espace d’un petit mois, au spectacle vivant.

Nous vous proposons, ici, au fil des pages qui suivent, d’aller à la rencontre de ce vivant, jusqu’à la moelle.

Alain Cofino Gomez