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ÉDITO / Printemps 2018

 

Mobilis in mobile

 

Le mouvement dans le mouvement. Mobile dans l’élément mobile, la devise du célèbre sous-marin Nautilus dans le roman de Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, devrait nous inspirer tant elle semble écrite pour notre époque.

Aujourd’hui plus que jamais nous devons détromper l’ennemi qui préfère l’inertie dans l’inerte, les choses bien rangées une fois pour toutes et les territoires aux limites définies et immuables. Nous nous devons de faire entendre que les choses sont en mouvement et que c’est une bonne chose que de ne pas stagner. Nous devons penser l’art et les œuvres d’art comme les fruits de rencontres mouvementées qui ne font pas l’impasse d’un choc fructueux.

Très tôt, il faut que les aspirant·es artistes rencontrent l’ailleurs et s’y rendent sans retenue. Il faut que les œuvres circulent et que celles et ceux qui les créent soit constamment dans un mouvement qui les mène vers l’altérité. Il faut cela pour que nos esprits ne se replient pas sur des certitudes politiques ou identitaires. Il faut croire en des frontières et des langues mobiles, en une humanité en chemin et pourquoi pas en progrès.

Nous faisons cela dans ce théâtre, avec le «petit festival avec la langue», Les Francophoniriques, en mars, semaine de la francophonie à Avignon et à Cavaillon, durant laquelle des artistes et des projets guinéens, belges, polonais ou congolais se croiseront, comme se croiseront les genres et les âges. Nous faisons cela avec la SupeRésidence qui emmènera des artistes français et belges sur le chemin des vacances (la thématique de travail!) avec pas moins de quatre étapes pour éprouver la mobilité artistique et échanger les pratiques autour d’un projet pluridisciplinaire sans exigence de production. Car de mobilité nous avons besoin, comme d’air frais, mais dans un temps long et sans échéance contraignante. De la mobilité artistique dans un monde en mouvement, oui, mais à la vitesse qui autorise la pensée et le doute. Nous faisons cela en accueillant toute la saison des artistes et des compagnies bruxelloises, wallonnes ou régionales, en accumulant les projets audacieux et exigeants, comme on remplit les ballasts d’un submersible qui va à la découverte des grands fonds…

Comme le sous-marin du visionnaire écologiste que fut le Capitaine Nemo, notre théâtre doit être un véhicule fictionnel et symbolique, un moyen de transport utopique, mobile dans son élément en mouvement, poreux et prêt à l’exploration. C’est à ce prix que nous pourrons apporter un contenu digne des enjeux de notre époque et à la mesure d’une ville comme Avignon et de ses habitant·es, à la hauteur d’un des fondateurs du Théâtre des Doms qui nous a quitté il y a peu, Jo Dekmine, capitaine de culture et d’art, aventureux et intrépide s’il en est.

 

Alain Cofino Gomez